22/07/2008 08:36

Racines chrétiennes de l'Europe

 

europe.jpg À propos des racines chrétiennes de l'Europe

Introduction

Toujours d’actualité, le débat sur les racines chrétiennes de l’Europe oppose souvent plusieurs notions touchant à différents domaines. La difficulté revient donc à cerner ce que l’on signifie par ce terme « racine », puis à s’entendre quand à la réalité chrétienne. Un peut d’histoire devrait permettre d’éclaircir ce sujet et d’apaiser d’éventuelles polémiques.

Le christianisme, dont l’expansion débute au premier siècle de notre ère, prend sa source dans le judaïsme, dont il hérite la foi en un Dieu unique. Cependant, et dès ses premiers jours, sa foi se confirme par la raison. Ce que les écrits de Paul manifestent, lui qui prit la parole devant l'Aéorpage d'Athènes. Et cette raison, cette sagesse philosophique qui apparaît dès les premiers textes des Pères de l’Église nous ne nous vient ni d’Orient, ni des mythologies d’une Europe qui ne se connaît pas encore comme telle, et encore moins d’un islam encore inexistant. Ce sont les présocratiques puis, surtout, Aristote, qui marqueront la pensée critique des penseurs chrétiens. Pourtant, au premier siècle, l'édification européenne à proprement parler est une notion politique et géographique totalement absente. Rome et les tribus barbares se disputent pour la souveraineté de ce continent qui ne forme encore aucune entité stable et reconnue. Il faudra attendre la chute de l’empire romain et la constitution de nouveaux royaumes pour voir l’émergence embryonnaire d’une notion européenne. Dès lors, nous pouvons déjà estimer que l’Europe à venir prend positivement ses sources dans un Moyen-Orient dominé successivement par la Grèce et Rome, dans la culture hellène, puis romaine, et dans la religion dominante dès le quatrième siècle, le christianisme. Bien qu’à cette époque, le christianisme soit lui-même en conflit avec l’arianisme. C’est dans cette Europe en construction que le christianisme va s’établir durablement et marquer les sociétés locales d’une empreinte indélébile. C’est également à cette époque que la théologie s’appuie sur une philosophie qui nous vient de Grèce, partie intégrante de l’Europe. Autrement dit, la foi, issue d’Israël, et la raison, venant d’Athènes, s’associent durablement et profitablement. D’autre part, rappelons pour mémoire que ce sont les diverses communautés religieuses de la partie chrétienne et relativement civilisée (grâce à l’occupation romaine) de l’Europe, qui assurèrent la sauvegarde des manuscrits anciens en les protégeant des invasions barbares qui ravagèrent ce contient du Nord au Sud et, quelques siècles plus tard, de celles venant du Sud. Quant au judaïsme, il devient culturellement inexistant à la fin de l’empire. Ce ne sera que bien des siècles plus tard que son génie réapparaîtra. Ce qui lui vaudra alors d’inacceptables et odieuses représailles de la part des chrétiens.

Au proche orient, l’islam découvrira les écrits des philosophes grecs grâce aux chrétiens nestoriens et chaldéens qui les avaient conservés. Parallèlement à la civilisation occidentale en construction, ils traduiront eux aussi ces textes. Cette rencontre commune avec l’héritage grec produira, après la conquête de la péninsule Ibérique, le brillant microcosme que nous connaissons. C’est ainsi qu’en Espagne les trois cultures (juive, musulmane et chrétienne) cohabiteront pendant quelques siècles. Encore faut-il préciser que les grands esprits issus de ces trois cultures ne seront pas reconnus par l’islam du Moyen-Orient, et seront condamnés par les tribunaux coraniques. 

 

irene.jpg St Irénée

Il faut encore signaler que les chrétiens des premiers siècles étaient de grands voyageurs. Ils ne rechignaient pas à quitter leur lieu de naissance pour s’aventurer là où l’on avait besoin d’eux. Ainsi, St Irénée, évêque de Lyon, qui était né en 190 en Asie Mineur. Disciple de St Polycarpe, évêque de Smyrne qui avait connu St Jean l’évangéliste, Irénée est appelé à Lyon par l’évêque Pothin à qui il succédera. Déjà, il crée un pont entre les premières Églises et la future Europe. Son érudition et sa sagesse s’inspirent des grands penseurs grecs, et son enseignement garde encore toute son acuité.

Message du Benoît XVI sur St Colomban

Les racines chrétiennes européennes vont s’exprimer plus considérablement encore par les moines que par les armées de Clovis ou de Charlemagne. C’est ce que vient de rappeler Benoît XVI lors de l’audience générale du 22 juin 2006 en dressant un portrait de St Colomban, le célèbre moine irlandais du VI siècle qui “peut être considéré comme un saint européen”.

colomban.jpg Né en 543, il entra à 20 ans au monastère de Bangor. La vie monastique qu'il y suivit et l'exemple de l'abbé Comgall forgèrent la conception du monachisme qu'il fixa et diffusa plus tard. Le Pape a rappelé qu'à l'âge de 50 ans environ Colomban quitta l'Irlande “pour entreprendre avec douze compagnons une mission sur le continent, où les grandes migrations germaniques avaient fait retomber des régions entières dans le paganisme”. Leur ré-évangélisation était basée sur l'exemple de vie, “nombre de jeunes demandèrent à entrer dans la communauté, rendant nécessaire la constitution d'un second monastère” à Luxeuil, qui devint centre monastique et missionnaire de tradition irlandaise en Europe. Bientôt fut fondée une troisième maison, à Fontaine, tandis que St Colomban allait vivre une vingtaine d'années à Luxeuil. Il y rédigea sa Regula Monachorum, la seule des anciennes règles irlandaises parvenue jusqu'à nous, a précisé le Saint-Père. Il introduisit notamment “sur le continent la confession personnelle et régulière, ainsi que la pénitence proportionnée à la gravité du péché commis”. “A cause de sa sévérité sur les questions morales, il entra en conflit avec la famille royale, ayant vivement admonesté le roi Thierry pour ses relations adultérines… En 610 il fut expulsé de Luxeuil avec ses moines irlandais, condamnés définitivement à l'exil”. Rapatriés par mer, leur bateau échoua près du rivage” et, plutôt que de rentrer à Luxeuil, le groupe “décida d'entreprendre une nouvelle aventure d'évangélisation” d'abord à Tuggen, sur le lac de Zurich, puis près de Bregenz, sur le lac de Constance, en vue d'évangéliser les Alamans. Ayant ensuite passé les Alpes, Colomban fut favorablement accueilli par la cour lombarde. “Il dût immédiatement faire face à de graves difficultés. La vie de l'Église était empoisonnée par l'arianisme dominant chez les lombards, et un schisme avait détaché de la communion avec l'Évêque de Rome la plus grande partie de l'Église d'Italie du nord”. Le saint irlandais “rédigea alors un libelle contre cette hérésie et une lettre au Pape Boniface IV l'encourageant à œuvrer activement au rétablissement de l'unité ecclésiale”. Colomban fonda à Bobbio (Italie) un nouveau monastère qui devint un centre culturel comparable au Mont Cassin de saint Benoît de Nursie. Il y acheva sa vie le 23 novembre 615, qui est sa fête liturgique jusqu'à nos jours. Le message de Colomban, a souligné Benoît XVI, “se résume dans un vif appel à la conversion et au détachement des biens terrestres en vue de l'héritage éternel. Par sa vie d'ascèse et son engagement total contre la corruption des puissants, il rappelle la sévère figure du Baptiste. Mais cette austérité est surtout le moyen de s'ouvrir librement à l'amour de Dieu, de répondre de tout son être aux dons reçus en reflétant en soi l'image de Dieu, tout en travaillant la terre et en réformant la société”. Le Saint-Père a conclu en rappelant combien St Colomban fut “un homme de grande culture, riche de grâces, un formidable constructeur de monastères et un vif prêcheur de la pénitence. Il mit toutes ses énergies dans l'alimentation des racines chrétiennes de l'Europe naissante. Par son énergie spirituelle et sa foi, avec son amour de Dieu et du prochain, il est devenu l'un des Pères de l'Europe qui continue de nous montrer ce que sont les racines d'où le continent peut renaître”.

St Patrick et St Benoît

D’autres personnages, liés à St Colomban, prirent avant lui une part aussi grande que la sienne à cette édification de l’Europe.

stpatrick.jpg En premier lieu, St Patrick, patron de l’Irlande. Né vers 390, en Angleterre qui était déjà, hé oui, en conflit avec l’Irlande, il est emmené captif sur cette ile. Menant une vie simple, pâtre, il s’évade et retourne en Angleterre. D’après une tradition, il serait allé se former au monastère de Lérins, puis ordonné prêtre à Auxerre. Devenu évêque en 432 avec quelques compagnons il retourne en Irlande et commence à évangéliser cette région. C’est de cette Église irlandaise que descendront, entre autres, St Colomban et St Gall, qui fonderont des monastères dans toute l’Europe Centrale.

benot.jpg Moins d'un siècle plus tard, en 480, St Benoît de Nurcie, patron de l’Europe, naît en Ombrie. Il ne parcourra pas l’Europe. Mais il fonde une communauté de moines au Mont Cassin. Cette communauté essaimera sur tout le Continent. Par la suite, les plupart des ordres monastiques s’inspireront de sa règle fondée sur le droit romain. Ces nombreuses et influentes communautés monastiques, devenues de véritables gardiennes d’une sagesse ancestrale, modèleront profondément le paysage européen dès la naissance de cette identité. Bien évidemment, par la suite l’Europe vivra de sa propre existence. Pourtant, cet héritage chrétien, étroitement lié, jusqu’au dix-neuvième siècle, aux événements économiques et politiques du continent et de son essor planétaire, consiste en un moteur unique et indéniable de la vie européenne. Il demeure vrai que dès le début du vingtième siècle la situation des Églises chrétiennes se modifiera, d’autres paramètres entreront en jeu. Le paysage démographique de l’Europe, avec une immigration galopante, entrainera des changements de comportement positifs et élargira son regard sur l’univers. L’Europe, s’apercevant qu’elle n’est pas maîtresse du monde, affrontera ses démons et s’ouvrira aux autres courants de pensées. Cependant, ces nouvelles donnes, relativement récentes, ne diminuent pas l’importance de ses racines profondes.

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